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Témoignages

Nous conseillons vivement aux personnes concernées par les Troubles du Comportement Alimentaire à se documenter sur le sujet (lectures, conférences…). N’hésitez pas à consulter notre page Sites de références.

Pour les personnes plus pressées, voici quelques témoignages qui nous ont interpellés et qui apportent un éclairage sur ce que peuvent être les TCA.

Reportez-vous à la catégorie Témoignages du blog dans laquelle des billets seront régulièrement postés et sur lesquels vous pourrez réagir.

 

Témoignage 1 : la guérison de Claire

 « Je n’avais rien d’étrange »

« Déjà petite je me rabattais sur la nourriture. En fait je me souviens avoir volé des rouges à lèvres pour mes copines et des « bounty » pour moi ! Je me préparais des gâteaux que je cachais entre deux pulls dans mon placard pour ne pas que mes parents le trouvent. Mais rien n’était vraiment étrange…. On ne considérait pas que j’avais un drôle de rapport à la nourriture.

Puis dix ou douze ans après l’épisode du vol de « bounty » (qui semble anecdotique mais pas tant…) j’ai fait une dépression. En fait, quand j’y repense, j’étais en dépression depuis l’âge de 9 ans, quand nous avons déménagé avec mes parents et mon frère pour nous installer dans une jolie banlieue parisienne. Mais vers l’âge de 28 ans, après une séparation, j’ai commencé à tout faire avec excès. Sortir, rencontrer des mecs, manger…. La boisson et la drogue me faisait trop peur pour y toucher ou alors de façon très raisonnable. Dans un premier temps j’ai perdu beaucoup de poids. Je me trouvais belle. Je trouvais ça génial de pouvoir m’habiller comme il me plaisait alors que je souffrais de complexes depuis jeune ado. Une mère toujours au régime (qui m’a donné de l’Isoméride pour m’aider à lutter contre mes envies de sucre…. Ce médicament est interdit depuis  la fin des années 90…), un père qui me disait « ne mange pas comme ça, tu vas grossir », des camarades de classes qui se moquaient de mes formes…. J’ai détesté mon corps pendant des années alors, qu’en regardant des photos de moi adolescente, je ne vois pas ce que je pouvais me reprocher….Je jubilais dans mon nouveau corps, avec mes nouvelles fringues. Je me sentais mince et belle.

Puis petit à petit j’ai vraiment sombré dans la dépression et la boulimie. J’ai commencé par me trouver des excuses pour faire le double de repas, prétextant n’importe quoi pour sortir du magasin où je travaillais et aller m’acheter un méga gouter. Le soir avant de rentrer chez moi, je m’engloutissais un sandwich et un dessert. Puis j’arrivais chez mes parents chez lesquels j’étais retourné vivre momentanément, après ma rupture, et je dinais copieusement. Je me souviens avoir essayé des thérapies type acupression, ou electrostimulation pour parvenir à réguler mes fringales qui petit à petit m’avaient fait prendre 15 kilos. A midi je mangeais pour deux…. Bref, j’avais commencé ma phase de gavage. Puis j’ai arrêté de travailler. Vraiment très mal, j’allais voir mon psychiatre deux fois par semaine. Mais je ne me souviens pas vraiment si nous parlions de mes excès alimentaires. Mais chez moi, seule, étant retournée vivre dans mon studio, j’ai acheté des paquets de céréales que j’engloutissais jusqu’à ne plus pouvoir ingurgiter le moindre flocon. Et là, je me mettais devant la faïence de mes toilettes, à genoux, essayant désespérément de me faire vomir et me promettant que c’était la dernière fois que je me gavais de la sorte. Mais rien ne sortait. Je pleurais, j’attendais que la sensation de trop-plein passe puis je recommençais. Je ne me souviens pas de la durée de cet épisode.

Mais il s’est arrêté comme il est venu…. Ce que je veux dire, c’est que je ne suis pas capable de dater exactement ces évènements et suis incapables de dire combien de temps tout ça a duré. Une année, une année et demie, peut-être. Je sais que j’ai été prise en main après avoir fait une tentative de suicide (ma bêtise comme le dit encore ma mère…) J’ai été placée dans une maison de repos où je côtoyais des femmes souffrant également de troubles alimentaires. On se motivait avec une maman de trente ans qui était anorexique et qui était très proche de l’hospitalisation d’urgence. En gros je lui promettais de me restreindre et elle me « promettais » de manger un peu plus à chaque fois. J’ai quitté l’établissement assez rapidement, une dizaine de jours après. Puis j’ai cessé de manger avec excès. Mais je ne sais pas au bout de combien de temps…..

Ce qui est difficile pour moi, en revenant sur ces évènements, c’est de me rendre compte que j’ai vécu ça comme un épisode « normal » dans une vie. En fait, j’ai la sensation que comme j’ai pris du poids, que ma vie n’était pas à proprement parlé, en danger, il n’y a pas eu de prise de conscience de mon problème. J’ai fait une « bêtise » pour attirer le regard sur moi. Le fameux « appel au secours ». Mais voilà…. J’ai encore aujourd’hui l’impression, 12 ans après, que j’ai donné le change, suffisamment pour que personne ne soit trop perturbé par cet épisode. En fait quand j’y repense, j’ai plus culpabilisé d’avoir embetté mon entourage plus que je ne me suis sentie soutenue. J’ai encore l’impression de payer à ce jour, un écart de comportement »….

Témoignage 2 : la guérison de Céline

« Anorexie : Ce n’est pas une fatalité ! « 

Comment parler de cette maladie qui a « mangé » une partie de mon temps.

Est ce une obsession qui ronge et rigidifie mon esprit ? A y regarder de plus près …

Je n’ai jamais trouvé le un mode d’emploi et pourtant j’en suis sortie ! Une bonne nouvelle !

J’ai cherché longtemps l’interrupteur : On – Off et je ne l’ai jamais trouvé car ce n’était pas, pour moi, une histoire de bouton et de connection. C’était comme une « bête » qui s’était emparée de moi ! Un truc qui prend le dessus sur ma personnalité ; certains appelleraient cela une double personnalité, moi je dis la « bête » (je l’assimilais même à un dragon) et j’ai toujours considéré qu’elle n’était et ne serait jamais moi… En fait, il était peut être là mon mode d’emploi, séparer la maladie de qui j’étais.

Comment raconter.

La simplicité me dirait de le faire dans l’ordre chronologique ! Quand cela à t’il commencé ? Comment cela s’est il passé ? Quand cela a t’il cessé ?

Je crois que les deux premières questions sont très classiques et très communes.

Mal dans ma peau, un mot, une attitude qui fait douter de tout et la revanche qui passe par : « moi, je vais vous montrer de quoi je suis cap » et là, c’est la descente aux enfers, à tourner autour des assiettes vides ou pleines, à mobiliser les WC pour vomir en mettant du papier au fond de la cuvette pour atténuer le bruit, à faire du sport à outrance… buttée et obsédée… un mélange explosif qui peut mener à sa perte.

Après le déni est venue la «semi-guérison». J’ai survécu les années après le passage anorexique critique en déguisant mon obsession alimentaire par des adhésions à des régimes alimentaires divers et variés ; à brandir haut et fort que je savais ce qui était bon, « moi je savais !» … un ego fort qui se déguisait en végétariens, végétaliens ou tous autres régimes pour ne pas dépasser le chiffre fatidique sur ma balance que je m’étais imposé … la maladie était atténuée et surtout ne mettait plus ma vie en danger mais elle était toujours présente et cela je n’en étais pas consciente!

Maintenant, je répondrai à la troisième question : Quand cela a t’il cessé ?

Cela a cessé le jours où j’ai eu peur.

Cela a cessé lorsque j’ai replongé dans la maladie après des années d’un calme relatif.

Je me suis vue partir sans pouvoir contrôler mon corps qui s’était brutalement fermé à la nourriture. La faim me terrassait mais j’étais dans l’impossibilité d’avaler la moindre chose. Ma première anorexie « adolescente » était volontaire et contrôlée, la seconde fut subie. La « bête » que je pensais définitivement anéantie était en sommeil toutes ces années et s’était réveillée.

Ce jour là, j’ai su que c’était elle ou moi.

Ce jour là, je sentais que je trouverai la force de repousser et détruire l’envahisseur.

Ce jour là, la « bête » a cessé de me dévorer.

Je rentrais « corps et âme » dans la bataille, une bataille très différente de la première qui s’était éternisée des années durant. Une bataille violente mais courte. J’ai forcé mon corps à s’ouvrir par la méditation, le sport et surtout par une alimentation liquide et hyperprotéinée afin de ne pas perdre trop de poids, je m’interdisais de descendre sous un certain poids, la balance s’était inversée. Mère, femme, épouse, je n’acceptais pas que de telles « pulsions » puissent gâcher ce que j’avais construit toutes ces années mais surtout je n’acceptais pas mon échec : j’avais été biaisée par moi car la bête était toujours vivante. Un ego fort qui cette fois m’aidait à remonter la tête et à me battre. Cela est passé par le sport, il fallait que je sois plus forte. J’ai poussé de la fonte en salle de musculation avec mes bouteilles de liquides, des en-cas partout dans mes poches, de nombreux repas par jour, petits souvent mais obligatoires. Je faisais des petites séances régulières pour ne pas perdre de poids  et pour m’ouvrir l’appétit  ! J’ai fait de ma capacité « obsessionnelle » un atout.

Alors à la question : Est ce une obsession qui ronge et rigidifie l’esprit ?

… je peux affirmer que cette maladie n’est pas une fatalité. Elle est un vécu. Elle développe certaines de nos perceptions, elle nous rend forte. Il faut savoir la remercier pour ce qu’elle a pu nous apporter et l’abandonner pour se projeter vers l’avenir et se remplir d’autre chose.

Savoir unifier son corps et son esprit, ne faire qu’Un en bonne harmonie.

C’est un sacré programme et un challenge ! Aujourd’hui nous connaissons la valeur de notre Vie !

Oui, elle fut une obsession paralysante qui pourtant à fini par ouvrir des portes, des ressentis que, personnellement, je n’aurais peut être jamais franchies si je n’avais pas parcouru un tel chemin !

Juste un dernier mot…

« Baisser les bras » ne doit jamais faire partie des options envisageables… JAMAIS…

N’hésitez pas à parler, partager, nous sommes nombreux à être passées dans les griffes de cette « bestiole » et dans ce nombre, il y aura toujours une personne qui aura un discours qui raisonnera en vous. N’en doutez jamais.

Texte écrit pour Sabrina qui se bat pour aider toutes celles qui sont encore dans la souffrance.

Céline